Échos d’affect d’effroi, Penser des accidents et des incapacités de l’écoute musicale

Échos d’affect d’effroi, Penser des accidents et des incapacités de l’écoute musicale
Thèse de Doctorat, recherche-création musique, sous la dir. d’Anne Sèdes et Joseph Delaplace, Université Paris 8 Vincennes – Saint-Denis, EDESTA/Musidanse, en cours

Résumé
Prenant appui sur une série d’approches des sound studies qui situent l’affect – compris comme force intensive – au sein d’un espace vibratoire et résonant, ce projet admet la possibilité d’une relation entre les mouvements et les métamorphoses de l’affect et du son. À partir de ce postulat, il a pour objet d’étudier l’affect d’effroi, c’est-à-dire, dans un premier temps, la situation limite d’un sujet n’étant pas parvenu à se protéger d’une menace de destruction. Généralement associé à un vécu traumatique, l’effroi est le lieu d’un accident au cours duquel, à l’interruption de toute activité associative, moment de sidération, peut s’ajouter ce que l’on décrit généralement comme un choc, un grand « bruit éclatant », un « fracas » que la racine latine de la frayeur (« fragorem ») décrit. Parfois, à de rares occasions, il arrive que l’écoute musicale connaisse des événements affectifs qui recoupent en partie le choc d’effroi. Plus particulièrement ce projet entend donc considérer des accidents affectifs de l’écoute musicale et les incapacités qui leurs sont liées, tout comme il entend questionner le potentiel musical du choc lui-même, son retentissement, sa résonance, son écho. Comment penser le cas limite d’une interruption de la relation affect-son telle que l’effroi la donne à entendre ? Quels événements accidentels de l’écoute musicale peuvent faire peser sur l’auditeur une menace de destruction ? En quoi de tels accidents affectifs pourraient être musicaux ? Pris dans la thématique du trauma colonial franco-algérien, un ensemble d’installations sonores articulera des sonorités de silences de composition (issus de témoignages et de prises de sons seuls en multicanal), et un outil conceptuel, l’écho, compris à la fois comme potentiel audible sans source donnée, et dispositif d’écoute. Les liens entre l’écoute musicale, l’effroi et le trauma colonial seront tissés au sein d’une épistémologie critique entre philosophie matérialiste et psychanalyse du trauma et de la création artistique. Nous pensons que chaque occurrence de l’effroi participe d’une même négativité, dont le principal effet est toujours de geler l’affect. Nous pensons également que l’expérience de la musicalité de l’écho d’affect d’effroi peut représenter, pour l’auditeur, une motivation à troubler son comportement de manière à rendre propice l’accident.