Pathétique de l’automation (Romance négative)

Pathétique de l’automation (Romance négative), 2015
Performance sonore, CRISIS Festival, Paris

Les coordinations effectuées par la machine ont permis d’élargir un matériau sonore dont les stimulations sensorielles ne correspondent plus à nos capacités motrices, ni n’engagent chez celui qui les reçoit d’acte réflexe qui puisse y répondre.

En vertu du principe de l’automate, la société technologique a dissocié de nos gestes la fonction qui les accompagnait, et ne nous permet d’accéder à des impressions sensibles qui nous submergent que par l’appréhension refroidie d’un mouvement contenu dans une mesure discrétisée.

Pourtant, alors même que les corps sont frappés d’impotence, un rapport sensuel et cérébral persiste lors de l’utilisation de la machine, autant dans le calme et le sérieux du studio que dans l’effervescence déconcentrée et festive du club. Le compositeur ou le dj, derrière leurs machines, poussent et tournent les potentiomètres, coupent et renvoient le son, en y appliquant une contraction particulière qui n’a la plupart du temps aucun impact sur les résultats audibles.

Dans le cadre du club, alliant musique sportive et public approbateur, une gestuelle romancée s’est substituée à la nécessité motrice. La figure du dj en est un exemple fort, révélant parfois généreusement les moyens mis en œuvre pour compenser une futilité corporelle difficile à assumer.

En procédant, muni d’une décapeuse, à l’effacement de toute trace de mesure sur une table de mixage qui finira dans un bain, puis exposant une série de gestes accolée au rythme pulsé d’un track de fin d’after, la pièce questionne les symptômes liés à la rupture du lien sensible, celle entre les vitesses et pressions des gestes effectués d’une part, et les résultats obtenus de l’autre.

Enfouie sous une trame sonore crasse dans laquelle une citation d’Hugues Dufourt, une séquence du rêve wagnérien et les stries aiguës d’une visseuse électrique agissent les unes sur les autres sur le mode de l’interférence, la proposition invite à un regard critique sur les éventuelles reconversions d’une absence, dans laquelle subsiste une « pathétique » première, une forme de l’auto-affection, qui prend ses impulsions dans les chaînes de l’automation, et reste disponible pour une romance négative d’impressions sensibles impossibles à éprouver.

j.n.