Échos d’affect d’effroi, Penser un accident de l’écoute musicale
Thèse de Doctorat, recherche-création musique, sous la dir. d’Anne Sèdes et Joseph Delaplace, Université Paris 8 Vincennes – Saint-Denis, EDESTA/Musidanse/CICM, 2019-2025

À rebours d’une définition usuelle qui depuis le XIXème siècle comprend l’écoute musicale comme une action intentionnelle, cette thèse a pour objet d’étudier un accident de l’écoute invitant à penser le problème du musical. Si la musique est un art non représentant, l’écoute, en tant qu’activité associative, représente elle continuellement la musique. On pourrait alors dire que si la musique résiste par elle-même à la représentation, il ne saurait y avoir à proprement parler d’écoute musicale, d’écoute qui fasse l’économie de la représentation sans risquer de s’annuler en tant que telle. Afin d’expérimenter et de penser ce paradoxe, on envisage l’effroi comme un événement de l’écoute. Ainsi on constitue un cadre à partir duquel penser ce problème du musical : la possibilité d’un effet de l’a-représentation de la musique pour l’écoute. Cela demande d’élargir l’écoute de la voix intérieure à celle de l’affect, en l’occurrence du choc d’effroi, et de penser l’écoute à un moment où le sujet est incapable de penser. Ce moment est celui de la surprise. La psychanalyse n’explique pas tant l’effroi depuis l’élément traumatique qu’en insistant sur le facteur d’impréparation. Mettant le processus artistique au centre, cette recherche-création entend concrétiser sensiblement ses aspects conceptuels et inversement. Le trauma colonial algérien sert de point de départ à une installation sonore, Haraka (« mouvement » en arabe), pensée pour un dispositif d’occlusion en acier et des silences de voix issus d’archives orales. Comme bruits de fond, ces silences sont une sonorité idéale pour les traitements de synthèse soustractive. Les musiques électroacoustiques composées à partir d’eux activent le dispositif via des excitateurs audio. En suivant le travail de la mémoire traumatique, on envisage la répétition de l’effroi dans des contextes esthétiques, réinterrogeant par-là les concepts de tragique et de sublime. Prenant appui sur un corpus transdisciplinaire entre philosophie de la musique (Nietzsche, Adorno, Lacoue-Labarthe, Rosset, Szendy), et psychanalyse (Freud, Reik, Lacan, Green, de M’Uzan), on envisage l’effroi comme pouvant motiver une tendance consistant à feindre une autre place d’écoute en vue de devenir le lieu du musical. En raison de l’absence de menace, l’événement peut former, dans l’après-coup immédiat, un objet pour l’écoute. Mais un objet ayant échappé : un écho compris comme potentiel audible. On identifie alors cet accident de l’écoute comme une détonation : une manière de redécouvrir le choc d’effroi comme une catastrophe du ton, de l’affect et de la voix normalement pris ensemble, et qui là se séparent.